Sébastien Lumineau

  • L’Avancée des Travaux - novembre 2018

    L’Avancée des Travaux de novembre 2018. 40 pages, noir et blanc, 160x225 mm, sur papier blanc.

    Enfant, je faisais des journaux de BD, format poche, dans l’esprit du journal de Spirou, en exemplaire unique puisqu’il n’y avait qu’un original. Récits à suivre, gags, réalisme, dessin jeté ou minutieux, je mettais en œuvre l’illusion de différents dessinateurs : une BD façon Spirou de Franquin, une autre façon Timour, encore une autre façon Germain et nous… Je devais même essayer de faire à la manière de Génial Olivier, BD que je n’aimais pas, mais je lisais tout dans Spirou.
    Je ne me souviens plus des titres de ces journaux, sauf un, « TONO », qui a duré plus que les autres, avec plus d’une vingtaine de numéros. Le nombre de pages était de 24, puis vers le no 15, la formule a changé : le format a légèrement agrandi, le nombre de pages est passé à 32.
    Les premiers étaient dessinés aux dos de photocopies que ma mère, enseignante, me donnait. Je les collais ensemble pour en faire des feuilles « vierges ». Le format final était du A6.
    Puis j’ai eu, je ne sais comment, des feuilles à petits carreaux de bonne qualité, grammage un peu épais (une sorte de papier 100 grammes, assez dense). Pourquoi l’utilisation de feuilles quadrillées ? Je m’en serais bien passé, mais je suppose que la partie collage, la transparence des photocopies et l’épaisseur générale ne me satisfaisaient plus, si cela déjà me satisfaisait auparavant…
    Je dessinais les bandeaux de présentation, la foliotation, j’écrivais un éditorial, à la main, en imitant les typographies mécaniques, ainsi que les résumés et les annonces du prochain numéro à venir.
    Tout était fait directement, sans repentir, sans brouillon, recto-verso, en couleur, tout improvisé.
    Le seul point que je n’osais pas franchir, c’était la datation. Cependant, un jour, je l’ai fait. Sur tous les numéros. Un hebdomadaire. Quelle date avais‑je choisie pour démarrer cette succession de numéros ? Je n’avais aucun lecteur, pas même un membre de ma famille. Je sentais qu’il y avait quelque chose de ridicule dans tout ça : une datation pour qui ? Pourquoi ?
    Quelques années plus tard, la honte grandissant, je pris l’ensemble de ces journaux, les mis dans un grand sac qui partit aux poubelles ou dans la chaudière.

    Le lundi 8 octobre 2018, dans une salle d’attente, je dessine dans un carnet tout neuf la première page de l’histoire qui suit. Ayant utilisé la plupart des recto-verso, un peu de blanc correcteur et quelques rustines, le 25 octobre, je finis la 25ème page et deux dessins pour une couverture, ainsi qu’une page avec des titres possibles.
    Je commence un nouveau carnet sur lequel j’écris « 2 ». Je m’arrête à la 37ème page le 7 novembre pour en faire un premier épisode d’un récit éventuel qui se nomme, faute de mieux, De quoi l’instant d’après sera-t-il fait ?